Salaire d'un ferronnier : ce que gagne vraiment le métier

Le salaire d’un ferronnier démarre au voisinage du SMIC, soit 1 867,02 euros brut par mois pour 35 heures depuis le 1er juin 2026. La rémunération grimpe ensuite avec l’autonomie et la spécialisation. À son compte, ce n’est plus un salaire mais un revenu d’entreprise, dicté par le taux horaire facturé et le carnet de commandes.
Le minimum légal, socle de départ du métier
Aucune grille propre à la ferronnerie ne fixe un salaire plancher spécifique. Le point de départ reste le salaire minimum de croissance, revalorisé deux fois en 2026 : une hausse annuelle de 1,18 pour cent au 1er janvier, portant le brut mensuel à 1 823,03 euros, puis une revalorisation de 2,41 pour cent au 1er juin, actée par un arrêté du 22 mai 2026.
Depuis cette date, le SMIC horaire brut s’établit à 12,31 euros. Sur une durée légale de 35 heures hebdomadaires, cela représente 1 867,02 euros brut par mois, et environ 1 478 euros net avant impôt sur le revenu. Ces montants concernent tout salarié, quel que soit son atelier.
Un détail change souvent la lecture des annonces d’emploi. Un salaire affiché en brut annuel se compare mal à un net mensuel, et l’écart entre les deux dépasse 20 pour cent une fois les cotisations salariales déduites. Sur une offre de ferronnier, exigez toujours la mention du brut mensuel et du nombre d’heures : un poste à 39 heures avec heures supplémentaires majorées n’a rien à voir avec un temps plein légal au même affichage.
La convention collective de la métallurgie, le vrai cadre
Les ateliers de ferronnerie et de métallerie relèvent pour la plupart de la convention collective nationale de la métallurgie, identifiée sous le numéro IDCC 3248 et signée le 7 février 2022. Ce texte unique couvre environ 1,5 million de salariés répartis dans 42 000 entreprises, des grands groupes industriels aux ateliers artisanaux de quelques compagnons.
Sa nouveauté tient à la classification. Chaque emploi y est évalué sur six critères, la complexité de l’activité, les connaissances requises, l’autonomie, la contribution, l’encadrement et la communication, chacun noté de 1 à 10 points. Le total détermine une classe, de 1 à 18, puis un groupe d’emploi de A à I. Un poste de ferronnier en atelier se situe dans les groupes non-cadres, entre A et E selon le niveau de responsabilité réel.
Le paradoxe de 2026 vaut d’être signalé. Les classes A1 et A2 sont repassées sous le SMIC après la revalorisation de juin, ce qui neutralise l’avantage conventionnel sur les premiers échelons : le plancher effectif d’embauche redevient le minimum légal, soit 22 404,24 euros brut par an. La grille conventionnelle ne reprend la main qu’à partir des classes intermédiaires, lorsque l’autonomie technique du poste est reconnue.
Un point de la convention profite aux jeunes diplômés. Les salariés du groupe F bénéficient, pendant les six années qui suivent l’obtention de leur diplôme, d’une grille progressive assortie de bonifications de 5 à 8 pour cent selon l’ancienneté.

Ce que touche un apprenti en ferronnerie
L’apprentissage reste la voie royale du métier, et la rémunération de l’apprenti obéit à un barème national fixé par le Code du travail, à l’article D6222-26. Le pourcentage dépend de l’âge et de l’année de contrat, jamais de la spécialité.
| Situation de l’apprenti | Part du SMIC | Brut mensuel 2026 |
|---|---|---|
| 16-17 ans, 1re année | 27 % | 504,10 € |
| 18-20 ans, 1re année | 43 % | 802,82 € |
| 21-25 ans, 1re année | 53 % | 989,52 € |
| 26 ans et plus | 100 % | 1 867,02 € |
Les taux progressent à chaque nouvelle année de contrat, et un apprenti qui enchaîne un CAP puis un brevet des métiers d’art conserve le bénéfice de sa progression. Autre avantage rarement mis en avant : l’apprenti est exonéré de cotisations salariales et de CSG-CRDS jusqu’à 50 pour cent du SMIC, soit 933,51 euros par mois depuis juin 2026. En dessous de ce seuil, le brut et le net se confondent presque.
Les parcours possibles restent variés : deux ans pour un CAP ferronnier d’art, deux ans de plus pour le brevet des métiers d’art, ou un titre professionnel Ferronnier enregistré au répertoire national des certifications professionnelles sous la référence RNCP35296. Le détail des diplômes et des passerelles figure dans notre guide pour devenir métallier.
Ouvrier, compagnon, chef d’atelier : la progression réelle
La carrière d’un ferronnier salarié se lit en trois temps, et le bulletin de paie suit cette courbe plutôt que l’ancienneté pure.
Le premier temps est celui de l’exécution. Le jeune ferronnier travaille sur des gammes définies, débite, soude, assemble, sous le contrôle d’un ancien. La rémunération colle au plancher, et la valeur du poste se mesure surtout en apprentissage accéléré du geste.
Le deuxième temps commence quand l’autonomie s’installe. Lire un plan, tracer un développé, mener un ouvrage du débit à la finition sans reprise : ces compétences font basculer le poste dans les classes intermédiaires de la convention. C’est là que l’écart avec le SMIC devient visible.
Le troisième temps relève de la responsabilité. Chef d’équipe, chef d’atelier ou conducteur de travaux, le ferronnier expérimenté encadre, chiffre et arbitre. Les critères classants de la convention valorisent explicitement l’encadrement et la contribution, deux dimensions qui déplacent le poste vers le haut de la grille. La distinction entre les deux métiers historiques reste utile à ce stade, et notre comparatif sur la différence entre forgeron et ferronnier éclaire les débouchés propres à chaque voie.
Une reconnaissance échappe à toute grille : le titre de Meilleur Ouvrier de France. Il n’ouvre droit à aucune majoration automatique, mais il change la position de négociation d’un compagnon, et la nature des commandes qu’un atelier peut viser.

Au-delà du salaire de base
Le brut mensuel ne raconte qu’une partie de l’histoire. Dans un atelier de métallerie, plusieurs éléments s’ajoutent au socle et pèsent lourd sur le net perçu en fin d’année.
Les heures supplémentaires viennent en premier. Au-delà de la durée légale, le Code du travail prévoit une majoration de 25 pour cent pour les huit premières heures hebdomadaires, puis de 50 pour cent au-delà, sauf accord de branche ou d’entreprise fixant un taux différent. Sur un atelier qui tourne à 39 heures, ces quatre heures majorées représentent une part visible du bulletin.
Viennent ensuite les compléments liés aux conditions d’exercice. Prime de panier lorsque le repas ne peut être pris à domicile, indemnité de trajet et de transport pour les chantiers éloignés, prime d’outillage dans certains ateliers, prime d’insalubrité selon les travaux réalisés. Ces lignes relèvent d’accords d’entreprise ou d’usages locaux, jamais d’un barème national uniforme.
Les structures les plus étoffées ajoutent parfois une participation aux résultats ou un intéressement, dispositifs absents de la plupart des ateliers de moins de dix salariés. Demandez la liste exacte de ces éléments avant de comparer deux offres : deux salaires bruts identiques peuvent recouvrir des situations très différentes.
Salarié ou à son compte : deux logiques opposées
Passer à son compte fait disparaître la notion même de salaire. L’artisan ferronnier perçoit un revenu d’entreprise, résidu de son chiffre d’affaires une fois payés les matières, l’énergie, l’outillage, le local, les assurances et les cotisations sociales.
Trois variables commandent ce résultat. Le taux horaire facturé d’abord, qui doit couvrir les heures non productives, celles passées à chiffrer, à acheter, à livrer et à relancer. Le taux de remplissage de l’atelier ensuite : un carnet à trous coûte plus cher qu’un tarif légèrement bas. La justesse du chiffrage enfin, premier poste de perte chez les artisans qui débutent. Nos repères sur le chiffrage d’un devis en ferronnerie détaillent cette mécanique.
Le statut choisi pèse aussi lourd que le carnet de commandes. Micro-entreprise, entreprise individuelle au réel, société : les assiettes de cotisations, la déductibilité des achats de matière et le traitement de l’investissement en machines diffèrent sensiblement d’un régime à l’autre. Pour un métier qui consomme de l’acier et de l’énergie, la déductibilité des achats n’est pas un détail comptable.

Ce qui fait vraiment varier la rémunération
Quatre facteurs expliquent l’essentiel des écarts constatés entre deux ferronniers de même ancienneté.
- La spécialisation. Le fer forgé traditionnel, la restauration de grilles anciennes et la serrurerie de haute sécurité ne se paient pas comme la fabrication de portails de série.
- Le positionnement. Un atelier labellisé Entreprise du patrimoine vivant intervient sur des marchés à forte valeur ajoutée. Ce label, créé par l’article 23 de la loi en faveur des PME du 2 août 2005 et attribué pour cinq ans, distingue aujourd’hui environ 1 300 entreprises en France.
- La zone géographique. Les tensions de recrutement diffèrent fortement d’une région à l’autre, et un bassin qui manque de compagnons qualifiés paie mieux.
- La double compétence. Un ferronnier qui maîtrise la pose, la conduite de chantier ou la conception assistée par ordinateur élargit son champ et sa valeur.
La reconnaissance officielle du métier joue un rôle indirect. La ferronnerie figure dans la liste des métiers d’art fixée par l’arrêté du 24 décembre 2015, qui recense 198 métiers et 83 spécialités répartis en 16 filières, la catégorie métal réunissant notamment le ferronnier-forgeron, le bronzier, le ciseleur et le dinandier. Ce classement conditionne l’accès à certains dispositifs d’aide, de formation et de promotion réservés aux métiers d’art. Côté nomenclature de l’emploi, l’activité relève du code ROME B1601, intitulé Métallerie d’art, référence utilisée par les organismes de placement et les observatoires de branche.
Prochaine étape : chiffrer son propre cas
Reprenez votre situation dans l’ordre : votre classe conventionnelle réelle, la durée hebdomadaire inscrite au contrat, puis le brut mensuel correspondant. Comparez ce résultat au plancher légal en vigueur et à la grille de branche, pas à une moyenne nationale trouvée en ligne. Un entretien annuel préparé sur ces trois éléments pèse davantage qu’une demande formulée au ressenti.